Le lutin Nisse ouvre la porte si violemment que je sursaute sur ma chaise. Essoufflé, il a des difficultés à articuler :

– Cupi… Cupidon… Il a… Il a disparu.

Inquiet, Santa Claus se lève de son bureau en frottant sa longue barbe blanche et bouclée.

– Il n’est plus dans l’étable ?

Nisse secoue la tête et les tintements de son bonnet résonnent dans la pièce. Nous sommes tous atterrés : comment un des rennes a-t-il pu disparaître un matin du 24 décembre ? C’est une véritable catastrophe ! Santa enfile son gros manteau rouge et blanc puis les lutins et moi le suivons en file indienne jusqu’à l’étable. L’aurore qui pointe à peine derrière les sapins fait briller la neige immaculée. Les elfes palefreniers n’ont obtenu aucune information des autres rennes : Cupidon s’est enfui pendant qu’ils dormaient. Pourquoi ? Où ? J’espère seulement qu’il n’est pas blessé.

Santa Claus se tourne vers moi et pose ses deux lourdes mains sur mes frêles épaules :

– Epifania, va voir le Bûcheron. Lui seul est capable de retrouver rapidement Cupidon dans la forêt.

– Envoyez quelqu’un d’autre, s’il vous plait Santa. Nisse par exemple.

Le Père Noël grimace :

– Le Bûcheron n’aime pas les lutins.

– Il n’aime pas les fées non plus ! Je proteste.

Je n’ose lui dire que je déteste le Bûcheron. Des rares fois où je l’ai croisé quand il nous livre le bois, je n’ai retenu que son air bourru, ses mauvaises manières et son dédain vis-à-vis des lutins ou des fées. Il n’y a que le Père Noël qui semble trouver grâce à ses yeux.

– Ma chère Epifania, tu es la meilleure secrétaire que j’ai eue, tu as même réussi à amadouer notre lutin-facteur. Il t’écoutera.

Il est vrai que le facteur n’arrêtait pas ses récriminations dès que la saison reprenait, j’ai donc décidé de lui octroyer trois lutins pour l’aider à transporter les tonnes de lettres de sa poste à nos bureaux de lecture. Depuis, j’ai droit à un sucre d’orge tous les jours avec mon courrier.

– Très bien Santa. J’y vais de ce pas. Dis-je en soupirant mais de toute façon, je ne refuse jamais rien au Père Noël.

La cabane du Bûcheron se situe à plusieurs dizaines de volées du Village du Père Noël. Mes ailes graciles et irisées sont presque gelées quand j’atterris sur le porche. Je suis étonnée de voir qu’il est décoré de guirlandes de houx, de pommes de pin peintes en blanc et doré et de couronnes tressées en branche de sapin. Je n’ai pas le temps de frapper qu’apparaît devant moi l’imposant Bûcheron, habillé d’une chemise à carreau rouge et d’un pantalon de trappeur. Il tient une tasse de chocolat fumant dans la main. Le tout pourrait paraître accueillant. Mais… cet homme est antipathique au possible, il a une mine renfrognée, des yeux gris plissés et une bouche contrariée dans une barbe brune. Je ne l’avais jamais vu d’aussi près, je n’avais surtout jamais remarqué qu’il était aussi séduisant. Enfin si peut-être une peu quand même…

– Bonjour. Dis-je. Je suis…

– Je sais qui vous êtes. Epifania, la secrétaire de Santa. M’interrompt-il très malpoli.

Je me redresse et referme mes ailes, une boule dans la gorge. Il me trouble au point que j’en perds mes moyens, moi la Fée principale du Monde de Noël. Je déglutis avant de lui répondre.

– Santa m’envoie, il réclame votre aide. Cupidon a disparu. Les autres rennes ne savent pas où il a bien pu aller et les lutins ne l’ont pas trouvé.

– Les lutins ne seraient pas capables de trouver leur bonnet sur leur tête. Grommelle le Bûcheron en attrapant son gros manteau.

Je préfère ne pas répondre à cette accusation sans fondement. Il ferme sa porte puis part vers sa petite écurie où des rennes près d’un solide traîneau s’agitent à son entrée.

– Où allons-nous ? Je demande.

– Vous, vous restez là. Je pars seul.

– Ah non ! Santa m’a confié cette mission, vous ne vous débarrasserez pas de moi comme ça !

– Putain, ces fées !

De crainte qu’il me plante là, je grimpe dans son traineau. Il a la bonne idée de ne rien dire. Il s’assoit à mes côtés et j’ai le plaisir – hein, plaisir ? – de sentir sa chaleur à travers mon manteau en velours bleu nuit. Il s’empare des rênes puis, d’un mouvement souple, il ordonne aux rennes de s’élancer. A ma grande surprise, le traineau vole comme celui de Santa Claus. Le véhicule file entre les troncs d’arbres. Penché par-dessus la portière, le Bûcheron inspecte le sol ; il semble savoir où aller alors que moi, je ne vois que des sapins et de la neige.

– Pourquoi dénigrez-vous autant les lutins ? Je demande pour couper ce silence pénible, moi qui suis habituée à l’effervescence du Village.

– Ils sont petits, moqueurs et bruyants. Dit-il sèchement sans quitter les sous-bois des yeux.

– Mais non ! Ils sont facétieux, courageux et travailleurs ! Ce sont des amis fidèles. Vous ne devez pas avoir une très bonne opinion des fées non plus…

– Elles sont trop belles pour être fiables. Marmonne-t-il. Surtout vous.

– J’ai toute la confiance de Santa Claus !

Il se retourne vers moi, les lèvres fermées et les sourcils froncés mais ses yeux sont plongés dans les miens, ils me happent littéralement. Je ne peux me détacher de son regard dense et mystérieux. Notre contact visuel est interrompu par un bruit lointain.

– C’est lui ! Allez les gars ! S’exclame-t-il en tirant sur les rênes. Votre copain a besoin d’aide.

Quelques minutes plus tard, nous arrivons dans une petite clairière où se déroule une scène horrible : Cupidon est allongé près d’un gros rocher, blessé. Des loups se tiennent à distance, attendant sans doute la capitulation de leur proie. Le Bûcheron pose son traineau près du renne mais nous n’effrayons pas les prédateurs. Je me précipite sur Cupidon, les larmes aux yeux de voir la patte de mon ami couverte de sang.

– Vous saurez le soigner ? Demande mon compagnon, visiblement inquiet.

– J’ai le pouvoir de guérir les animaux.

– Alors faites votre truc pendant que je m’occupe des loups.

Un gros bâton dans la main, il marche vers la meute sans aucune crainte. Sa stature de géant surpuissant intimide alors les loups qui reculent petit à petit sous les arbres. Je suis fascinée par son calme olympien et son allure magnifique. Je reviens à mon pauvre Cupidon. Mes mains effleurent avec le plus de douceur possible sa blessure, je récite quelques incantations puis une faible lueur bleutée s’échappe de son pelage. Cupidon remue ses bois de soulagement, il vient poser sa tête sur mon épaule. Je le caresse, ravie de l’avoir aidé. Le Bûcheron revient vers nous et s’accroupit près de moi.

Un gros bâton dans la main, il marche vers la meute sans aucune crainte. Sa stature de géant surpuissant intimide alors les loups qui reculent petit à petit sous les arbres. Je suis fascinée par son calme olympien et son allure magnifique. Je reviens à mon pauvre Cupidon. Mes mains effleurent avec le plus de douceur possible sa blessure, je récite quelques incantations puis une faible lueur bleutée s’échappe de son pelage. Cupidon remue ses bois de soulagement, il vient poser sa tête sur mon épaule. Je le caresse, ravie de l’avoir aidé. Le Bûcheron revient vers nous et s’accroupit près de moi.

– Sa patte va bien mais il est trop faible pour marcher. Je l’informe.

– Il pourra faire la tournée ce soir ?

– Oui mais il doit se reposer.

Le Bûcheron attrape Cupidon par les flancs et le met délicatement à l’arrière de son traineau. Nous repartons à vive allure jusqu’à sa cabane. Là, il l’emmène à l’intérieur, près de sa haute cheminée en pierre. En fait, ce chalet est charmant. Si peu à l’image de son propriétaire…

– Dites moi ce dont vous avez besoin pour que Cupidon se remette, je vous l’apporterai. Dit-il.

– Il a juste besoin de temps.

– Ok. Installez-vous. Je vous amène un chocolat chaud. Fine comme vous êtes, vous devez avoir froid.

Un quart d’heure plus tard, il revient avec un plateau rempli de gâteaux de Noël, de sucre d’orge, de clémentines et de deux tasses fumantes et odorantes. Il m’en tend une et nos mains se frôlent une seconde, une simple seconde pour comprendre qu’un courant existe entre nous. Je ne peux nier qu’à chaque fois qu’il vient au Village, je l’observe. Il est tellement… tellement attirant malgré ses défauts. Pourtant il a des qualités : la première est que Santa Claus l’apprécie beaucoup, il aime aussi les animaux. Quand je lève mes yeux vers lui, je m’aperçois qu’il me fixe depuis un moment, ses grandes mains autour de sa tasse où est écrit « I Love Christmas ».

Un quart d’heure plus tard, il revient avec un plateau rempli de gâteaux de Noël, de sucre d’orge, de clémentines et de deux tasses fumantes et odorantes. Il m’en tend une et nos mains se frôlent une seconde, une simple seconde pour comprendre qu’un courant existe entre nous. Je ne peux nier qu’à chaque fois qu’il vient au Village, je l’observe. Il est tellement… tellement attirant malgré ses défauts. Pourtant il a des qualités : la première est que Santa Claus l’apprécie beaucoup, il aime aussi les animaux. Quand je lève mes yeux vers lui, je m’aperçois qu’il me fixe depuis un moment, ses grandes mains autour de sa tasse où est écrit « I Love Christmas ».

– Vous êtes la plus belle chose que je n’ai jamais vue. Dit-il.

Sous le choc, je reste muette. Il a ensuite un geste étrange : il passe ses doigts dans mes longs cheveux blancs.

– Ils ont les mêmes reflets bleus que vos yeux. Continue-t-il

Je ne respire plus, totalement sous son charme. Mon cœur bat la chamade, je suis hypnotisée par cet homme au teint de bronze et aux yeux gris glacé. Sa main glisse sur ma joue, elle est chaude et apaisante.

– Et j’ai envie depuis des lustres d’embrasser ces lèvres roses. Murmure-t-il dans un souffle.

Hors de mon contrôle, mes ailes scintillantes se développent dans mon dos. Un large sourire éclaire alors le visage du Bûcheron :

– Je suppose que ça veut dire oui.

Lorsque nos lèvres se touchent, j’entends les clochettes de Cupidon sonner dans la cabane…

Copyright ©ELLA LORES, Décembre 2020

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« L’histoire est imaginaire, tous faits, personnages existants ou ayant existés seraient pure coïncidence »

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